jeudi 9 avril

Rando de force 3 avec Louis T: Le causse Campestre, le Luc .

Avant la visite, je vous invite à lire le document suivant pour bien comprendre « l’histoire de ces lieux ».

L’historique de ce lieu est extrêmement bien documenté sur la page suivante, que je vous invite à consulter :http://www.tunnels-ferroviaires.org/tu30/30064.1.pdf – Ce pourquoi cette page ne sera qu’un bref rappel des principaux faits historiques.

Bref historique      Le Roquefort est un fromage qui s’obtient à partir du brebis au lait cru. Ce fromage est maturé en cave afin qu’il développe sa moisissure. Cette maturation lui donne son goût si particulier.

Au sein de la très petite commune du Luc, aujourd’hui intégrée dans le territoire de Campestre, quelques personnes eurent l’idée d’utiliser l’aven de Saint-Ferron (version française) ou Saint-Ferréol (version occitane) afin d’amener leur fromage à maturation. C’est un aven de 62 mètres de profondeur, qui s’ouvre sur le causse de Campestre. La salle du fond, partiellement oblique, est à -80 mètres. Dès 1863, l’idée d’utiliser cet abîme germait dans les esprits.

En 1882, il fut bâti une maison, ou disons plutôt un bâtiment à vocation industrielle, au-dessus de l’abîme. Sa situation immédiatement à l’aplomb du vide en fait un lieu extrêmement vertigineux. La ruine existe toujours. Bien qu’étant dans un état de dégradation qui commence à devenir préoccupant, elle surplombe toujours l’aven avec audace.

Dans la partie basse de cette maison, un treuil fut installé, permettant de monter et descendre dans l’abîme. Vu son utilisation malaisée, les propriétaires eurent une idée quelque peu géniale mais aussi pharaonique. A 200 et quelques mètres de la maison existe une immense doline d’effondrement karstique. Ils utilisèrent cette excavation afin de rejoindre l’abîme. Il fut creusé une galerie de 200 mètres de long, en pente douce. Ce tunnel avait vocation de faciliter les transports. Ainsi, il était possible de mener les fromages en sous-sol par wagonnets.

Cette activité fromagère eut intensément lieu de 1883 à 1929. Il est peut-être possible de dire que l’effondrement de cette industrie fut dû au classement AO (appellation d’origine) du Roquefort en 1925. Campestre se voyait dès lors exclue de la zone territoriale admise à affiner et emballer. Ceci étant, ce n’est que pure supputation car nous n’en savons rien.

Au fond de l’aven subsistent quelques vestiges très abîmés des rayonnages en bois. Dans la maison, dont l’accès est relativement périlleux en cas de pluie, il existe encore le treuil.

Mundatur culpa labore

Cette installation est ingénieuse et peu banale. L’histoire pourrait s’en arrêter là, à contempler les vestiges historiques d’une activité artisanale qui fut florissante en son époque. Ceci étant, c’est occulter l’un des aspects les plus importants de la mémoire de ce lieu. Cette installation fut un bagne pour enfants, au même titre que Le Mettray à Tours.

Comme il est expliqué dans le document mentionné dans le lien en entête, la France est au début du XIXème siècle dans un état économique, sanitaire et social terrifiant. Nombre d’enfants errants sont en situation très difficile : orphelins ou abandonnés, vivant de vols, de mendicité, voire même de prostitution.

Lorsqu’ils sont capturés, ils sont envoyés en colonie pénitentiaire agricole. Ce sont des colonies de redressement, érigées afin qu’ils rentrent dans le droit chemin, tout en étant éloignés de la promiscuité des prisons. Ces colonies sont des suites données à l’échec de « la Petite Roquette » à Paris, une prison dont les gens sortaient fort diminués pour cause de mauvais traitements. A Campestre, il était mis en avant le fait qu’il s’agit d’un lieu rural, permettant des travaux agricoles sains et vivifiants.

A Campestre surtout et au-delà d’autres colonies (c’est encore le cas aujourd’hui), les lieux sont très isolés, à l’abri de tout regard. C’est un bout du monde. A vrai dire, si c’est le cas aujourd’hui, que devait est-ce être à l’époque ?… De ce fait, de multiples travaux pouvaient se dérouler en discrétion, au contraire d’autres pénitenciers. Au Luc, il y eut 70 morts au total, ce qui est largement en dessous des valeurs des autres colonies.

Le causse est froid et venteux en hiver, brûlant et étouffant en été.

C’est de cette manière qu’environ 200 enfants furent cordialement conviés à la colonie du Luc, dont la devise était « Mundatur culpa labore », c’est-à-dire : la faute est purifiée par le travail. Deux cent est la valeur maximale du nombre d’enfants. En certaines périodes, il y en eut moins. Le camp ouvrit en 1856.

Les plus jeunes (6 à 12 ans) étaient chargés de travaux agricoles, au sein d’une terre plus qu’inculte qu’est nous le rappelons ce territoire caussenard. Les plus âgés (13 à 20 ans) étaient chargés des travaux lourds. On y relève de la construction, des déblaiements, des chargements lourds, etc. Dans l’ensemble, de terribles travaux de bagnards.

Une personne du surnom de Gadjo ajoute quelques précisions quant à cette galerie : D’après un ancien colon du Luc, ils mangeaient du pain blanc tous les jours, ce qui n’était pas forcément le cas des paysans du coin. Cela n’enlève rien au fait que les petites mains ont dû avoir des travaux très lourds à réaliser quand on voit les impressionnants tas de cailloux sortis des champs.

Afin d’améliorer l’accès, ils forèrent ensuite la galerie de jonction, longue de 200 mètres, creusée avec grande régularité dans un calcaire tout particulièrement dur. Cette galerie est percée depuis l’effondrement karstique jusqu’à l’aven. Elle offre un cheminement horizontal aisé vers le fond du gouffre. D’après plusieurs sources, les travaux furent exécutés au pic, en 1882. Cette galerie est toujours visitable à ce jour. Sous l’impatience de la direction, elle fut creusée en un délai record, c’est-à-dire en moins d’un an.

Quelques précisions quant à cette galerie : Après discussion avec le propriétaire des lieux, il semblerait que le pathos entourant cet épisode a été exagéré. Le tunnel porte des traces de foration et n’a donc pas été fait uniquement au pic. Les travaux auraient été dirigés par un ingénieur d’Alès. Même si l’image du pic, souvent associée à celle du bagne, est exagérée, les enfants du Luc ont certainement participé durement au percement du tunnel.

Les plus jeunes furent de même chargés de déblayer le bas de l’aven, utilisant à cette fin le treuil placé dans la maison. Au bas de l’aven fut bâti un immense mur, ayant pour but d’isoler de la pluie la salle du fond avec le gouffre en lui-même.

Ces travaux titanesques achevés (on imagine la souffrance des colons), il s’avéra que la cave de maturation finale était trop humide. C’est dans cet ordre d’idée qu’il fut encore creusé une cheminée d’aération de 60 mètres de longueur, rejoignant le bas de la maison.

A ce jour, tout cela est encore visible, bien qu’en état de ruine partielle. Un témoignage d’autant plus poignant est toujours d’actualité : les marches de l’escalier de 12 mètres de haut sont construites avec de la pierre de taille. La régularité des marches est telle qu’on en croirait un béton moulé, sans défaut. Chaque marche pèse probablement allègrement plus de 100 kilogrammes. Ahurissant…

Bien d’autres choses seraient à dire…

 

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